Hors de toi                           Sandrine Girard                  Calmann Levy
Couverture du livre « Hors de toi » de Girard Sandrine aux éditions Calmann-levy
  • Date de parution : 
  • Editeur : Calmann-levy
  • EAN : 9782702182727
  • Série : (-)
  • Support : Papier
Résumé:

Puisqu'ils ne savent pas, puisque l'angoisse te suit partout où tu vas, c'est à toi, jour après jour, souffle après souffle, d'inventer ta survie. Alice a cinq ans, six ans, sept ans, onze, quinze, vingt-cinq... Elle vit intensément chaque rencontre, chaque bain de mer, chaque instant. Et la rage bout en elle, une rage compacte qui explose par intermittence quand elle ne la retourne pas contre elle-même. Ses parents ont divorcé. Ballottée d'un foyer à l'autre, elle endure en apnée la présence de ses beaux-parents: la cruauté d'une belle-mère jalouse, l'alcoolisme d'un beau-père brutal. Nulle part, elle n'est en sécurité. Ce qu'Alice cache, y compris derrière sa soif de vivre inextinguible, ce sont les violences qu'elle subit au quotidien. Car toutes ces années, Alice se tait. Entre ombre et lumière, Hors de toi tisse une myriade de souvenirs qui se répondent dans un virtuose jeu d'échos, pour reconstituer au plus près des émotions le tourbillon brûlant d'une mémoire traumatique.

                                                         Avis de la Page 100
Comment ne pas s'identifier à Alice, cette fille de parents divorcés ? Comment ne pas être sensible à cette souffrance ? puisque c'est à "tu", à moi, à cette fille que s'adresse la narration. Dans un entremêlement d'épisodes, de flashs de souvenirs, à tous les âges de l'enfance, la vie d'Alice nous apparait à travers un chaos d'émotions. Une angoisse et un malaise constant suintent de ce récit multiple des souffrances morales et physiques, certaines avouées d'autres non-dites.
               Un texte morcelé comme l'âme de cette petite fille.

 

Avis après la lecture :

    C'est un texte dur que ce trop plein d'émotions : de colère, de rage, de honte, que suggère ce récit. Alice se remémore son enfance en évoquant des souvenirs précis, elle raconte des scènes vécues à divers âges, chez sa mère, chez son père. Le lecteur comprend qu'elle a souffert du divorce de ses parents et qu'elle a subi cet écartèlement entre eux. C'est pourtant un récit à la narration directe, une narration orale "tu" qui percute sans mettre de mots sur le mal. La pudeur empêche la narratrice de dire, mettre en mots, elle revient sur la construction d'une enfant, d'une jeune fille non de façon chronologique mais dans un récit éclaté. Un récit déconstruit qui agit par touche, par sensation, qui aborde des souvenirs à différents âges, dans différents lieux. 

Dès le début, le lecteur ressent la détresse du personnage dont le corps ne peut lui, garder la souffrance. La jeune fille à défaut de pouvoir parler, mange, se remplit et grossit. Tous autour d'elle sont indifférents à ce signe de mal-être, ce signal de détresse : sa mère Elise préoccupée par son nouveau mari Georges, son père par sa nouvelle femme Nadine. Alice est divisée entre ces différents lieux et ces différentes vies : celle chez sa mère, celle chez son père, celle avec les amis. C'est donc la description d'une cellule familiale que nous offre Sandrine Girard, où les mariages se font et se défont sans que soient pris en compte les conséquences pour les enfants que sont Alice, son demi-frère, Tom Pouce et le fils de sa belle mère, Luc. Dans la réalité, l'amour n'est qu'une illusion: les ex se haïssent, chacun se retrouve de nouveau casé avec pire que le premier mariage. Quant à l'amour filial et maternel, il est enfoui sous les obligations parentales, les conventions, la vie et son rythme ...Alice ballotée de l'un à l'autre, sans possibilité de pouvoir s'exprimer ni même exister subit, survit dans ces lieux où elle n'a pas sa place, cherche des moments de respiration. 

Ce roman ainsi construit alterne différents moments permettant de restituer l'histoire de cette enfant et de comprendre ses blessures originelles, bases de la personnalité de la jeune femme adulte. C'est un roman fort qui aborde des thèmes lourds, quasi indicibles, que Alice doit expulser. On ne sort pas indemne de cette lecture. Quelques jours après cette lecture, je n'arrive pas à me délaisser de cette impression de mal-être, l'histoire d'Alice me poursuit : cette adolescente a été marquée par une forme d'insécurité, elle a dû affronter d'un côté la jalousie et la méchanceté de sa belle-mère Nadine, de l'autre les réactions alcoolisées et brutales, la convoitise déplacée de son beau-père, jusqu'à l'inceste. Alice réussit à dire ce qu'elle a subi sans pathos, dans le désordre, par petites touches jusqu'à l'origine de son mal-être. Et le lecteur qui derrière cette technique d'évitement entend la souffrance veut en connaître l'origine.  J'ai ressent toute cette souffrance alliée à un sentiment de honte et de culpabilité que ce récit déstructuré fait remonter doucement mais sûrement. Le récit de cette enfance en souffrance ne peut qu'émouvoir.  

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