Celle qui se métamorphose                             Boris Le Roy                         Julliard
Celle qui se métamorphose                             Boris Le Roy                         Julliard
 

Date de parution : 18/08/21               Editeur : Julliard                ​​​​​​EAN : 9782260054849

​​​​​​​                         Nombre de pages : 176

Résumé:

Nathan se réveille aux côtés d'une femme qui n'est « ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre » - en tout cas pas exactement la sienne. S'agit-il d'une hallucination ? Une consultation psychiatrique s'impose pour le pauvre Nathan, d'autant qu'au fil de cette histoire, remettant en question toutes ses certitudes, Anne ne cessera de se métamorphoser, jusqu'à se démultiplier, voire se volatiliser, avant qu'il soit accusé de l'avoir fait disparaître...
Avec cette fantaisie littéraire, Boris Le Roy explore le mystère de la féminité et met en scène la nécessité d'une réinvention permanente de soi dans la relation à l'autre. Entre comédie psychanalytique, fable surréaliste et digression philosophique, ce roman aussi inclassable que jubilatoire nous entraîne vers les régions inexplorées de l'inconscient et interroge notre rapport au monde en pleine mutation.

                          Avis page 100 Explorateurs de la rentrée 2021  : 

Le roman démarre très vite : Monsieur Mesme risque la perpétuité ! Ma curiosité a été titillée ;j'ai eu envie de savoir de quoi il en retournait, d'autant que son récit-confession devient de page en page de plus en plus bizarre, de plus en plus fou ! Cette / Ces métamorphose-s-. m'intriguent : le rythme s'accélérant, la réalité rejoint très vite l'irréel...Qu'en est-il réellement ? Qui est la femme de Monsieur Mesme ? Qui est surtout Monsieur Mesme ? Hâte d'en entendre plus !

 

                                                         Avis après lecture : 

Un roman original qui commence comme une enquête : la femme de Monsieur Mesme semble ne pas être elle, une inconnue la remplace. Le héros est perplexe puis désemparé devant ce mystère qui s'épaissit. Par le biais de la narration à la première personne, le lecteur est convoqué dans la découverte constante de quelque chose de différent chez l'épouse du héros. Le rythme est haletant, les chapitres s'enchainent et finissent par se chevaucher au rythme des changements qui se multiplient et s'amplifient. Monsieur Mesme devant ce mystère fait preuve d'inquiétude mais aussi d'humour. La lecture est plaisante et amusante. Emportée dans la folie, il en vient à douter de la réalité, un travail de confession avec une psychiatre s'impose. Cette relation est elle aussi perturbée et le récit tourne par moment à la farce.

Sous une apparence simplicité et fantaisie, le roman est extrêmement travaillé, à la façon de Perec    ( auquel il semble que l'auteur fait allusion avec La disparition), une sorte de puzzle. L'oeuvre se moque des constructions traditionnelles de classement de récit , les chapitres se suivent sous forme de chapitres, de parties, puis se chevauchent puis portent des numéros, des suites exponentielles,.... Le jeu littéraire se développe aussi avec les nombreuses déclinaisons du prénom Anne Marie exploitées. Ces métamorphoses pourraient aussi être l'identité fantasmée de la femme idéale. Le lecteur se perd aussi dans ces transformations, dans cette folie allant jusqu'à l'absurde . D'autant que viennent s'y adjoindre des raisonnements psychologiques et religieux. Cette partie étant à mon avis moins intéressante, certainement parce que plus confuse. 

Ce roman permet d'interroger l'identité et le thème annoncé en début, la relation à l'autre. Tout au long du parcours, avec les questions : qui suis-je ? pour l'autre ? qui est cet autre ? avec moi ? sans moi ?...L'essentiel est la perception du Je sur l'autre. 

La psychologie et la psychiatrie utilisées pour reconstruire l'identité et le monde se déconstruisent ici, elles participent à la perte des repères : le narrateur-héros devient anti-héros, sa femme se cherche aussi et doute aussi d'elle, le lecteur se perd dans l'irréel . Eparpillement, éclatement sont les mots clefs. 

Choisir la déconstruction de l'identité pour construire un roman, voilà une réelle gageuse, une prouesse agréable. 

En me racontant, je lutte contre l'éparpillement de mes expériences vécues."

Retour à l'accueil